Réponse L'apport de la génétique et l'isolement des bassins de l'Adour et de la Garonne depuis des millions d'années.
Il y a deux façons de comprendre cette question, et par conséquent, deux façons d’y répondre.
On croyait la taxonomie des poissons d’eau douce français résolue après les travaux de Keith et Allardi qui ont eu l’ambition de cartographier la répartition des espèces françaises dans les années 90 à 2000 (Allardi et Keith, 1991 ; Keith et Allardi, 2001). On comptait alors 83 espèces en 2001. Mais à partir des années 90, il y a l'émergence de nouvelles techniques qui peuvent être mises au service de la taxonomie :
L’Adour et la Garonne sont les deux principaux bassins versant du Sud-Ouest de la France avec la Charente, et comptent parmi les 8 grands bassins hydrographiques qui s’étendent en France. Un bassin versant doit être considéré comme une "île" d'eau douce entourée de terre et de mer. Ainsi, un poissons vivant dans la Garonne par exemple ne peut se déplacer vers un autre bassin, hormis s'il s'agit d'un migrateur amphihalin (espèce faisait son cycle de vie en mer et en eau douce).
Cet isolement n'est pas récent. Le réseau hydrographique français a subi de multiples événements géologiques et climatiques ces 5 derniers millions d'années : orogenèse des Alpes et des Pyrénéens, fossé d’effondrement avec capture de bassin versant, glaciations, etc. La dernière connexion connue entre la Garonne et la Loire remonte à 4,5 millions d’années (Persat et al., 2020); soit plus ancien que Lucy l'australopithèque (-3.2 Ma). La dernière connexion entre l’Adour et la Garonne remonte quant à elle aux alentours de 2 millions d’années, bien qu'elle soit encore aujourd'hui assez méconnue (Persat et al., 2020). Ainsi les espèces ont évolué chacune de leur côté durant tout ce temps (spéciation de type allopatrique) expliquant donc la forte endémicité des espèces du Sud-Ouest de la France et la présence de deux ichtyofaunes distinctes. Un autre événement majeur s'est produit à partir du début du Pléistocène (-2 Ma) : les glaciations quaternaires, qui sontsurvenues épisodiquement jusqu'au début de l'Holocène (- 10 000 ans). Au dernier maximum glaciaire, le Würm, la calotte glaciaire s'étendait jusqu'en Angleterre et la partie de la France au Nord de l'estuaire de la Gironde était du permafrost (Vandenberghe et al., 2014; Persat et al., 2020). Le Sud-Ouest de la France était alors une zone refuge avec un climat tempéré. Tandis qu'au Nord, les espèces n'ayant pas supporté les températures glaciales ont été remplacées par une faune septentrionale en provenance du Nord-Est de l'Europe (Denys, 2015; Persat et al., 2020). Ainsi, la faune ichtyologique du Sud-Ouest de la France était présente bien avant que la majorité des espèces n'arrivent en France, il y a environ 15 000 ans. Ces glaciations ont aussi pu connecter des bassins versants entre eux avec l'abaissement du niveau marin, entre l'Adour et la Cantabrie (Pays basque espagnol) par exemple. Et la fonte du glacier pyrénéen durant des épisodes interglaciaires a pu permettre au brochet aquitain de coloniser d'autres bassins versants avoisinant en longeant la côte (Keith et al., 2020).